Le XVIIIe siècle : Expansions, Lumières et révolutions

1. L’expansion européenne au XVIIIe siècle

Une Europe puissante

En 1713, les traités d’Utrecht instaurent une paix relative en Europe. Les rivalités entre les États s’expriment alors par la conquête de territoires sur les autres continents. En agrandissant son empire colonial, l’Angleterre devient, à partir de 1763, la première puissance mondiale.

L’Europe connaît une période de croissance économique : l’agriculture et l’artisanat sont prospères. Les marchands cherchent de nouveaux débouchés pour les productions. Ce dynamisme se traduit par l’augmentation de la population. Elle passe de 42 millions d’habitants à 145 millions en 1800.

L’âge d’or du négoce international

La mise en valeur des colonies en Amérique et dans les Antilles provoque une forte demande de produits européens comme les armes. En échange, les colonies fournissent à l’Europe de nouveaux produits comme le sucre. Le commerce atlantique fait la fortune des négociants encouragés par les souverains européens. Vers l’Océan Indien, le commerce est aux mains des compagnies commerciales. Ce commerce mondial enrichit les régions littorales de l’Europe de l’Ouest. Les ports comme Londres ou Bordeaux exportent et redistribuent les produits coloniaux dans toute l’Europe. La traite atlantique et l’esclavage Les plantations des colonies demandent une main-d’œuvre abondante. Les négociants mettent alors en place la traite atlantique entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. L’esclavage en Afrique, antérieur à l’arrivée des Européens (pratiqué par les Arabes), s’amplifie. Plus de 6 millions d’esclaves noirs sont déportés en un siècle. En Amérique et aux Antilles, s’installent des sociétés inégalitaires et violentes. A Saint-Domingue, régie par le Code noir de 1685, les esclaves se révoltent en 1791.

2. L’Europe des Lumières

Les Lumières : un nouvel élan intellectuel

Au XVIIIe siècle, se manifeste un renouveau intellectuel européen. Des scientifiques comme Carl von Linné ou Buffon font de l’observation et de l’expérimentation l’origine de toute connaissance. Une nouvelle génération de philosophes comme Voltaire pose comme principe que la raison doit guider toute réflexion intellectuelle. Les récits de voyages révèlent l’existence d’autres sociétés. Ils nourrissent la réflexion des philosophes comme Montesquieu ou Diderot sur l’organisation politique et sociale de l’Europe.

Les Lumières et les autorités

Les philosophes des Lumières ont des relations complexes avec le pouvoir politique. Ils ne veulent pas en accepter les principes sans exercer leur libre pensée. Ils espèrent être influents par leurs idées. Ainsi, Voltaire est reçu par Frédéric II de Prusse, despote éclairé. De son côté Diderot est reçu par Catherine II de Russie également despote éclairée. Avec l’Église les conflits sont fréquents. Les Lumières ne contestent pas l’existence de Dieu, mais refusent d’accepter sans les questionner les croyances et le fonctionnement de l’Église. Celle-ci répond par la censure.

Les philosophes des Lumières remettent en cause les fondements de la monarchie absolue. Jean-Jacques Rousseau affirme que le peuple est souverain et Montesquieu admire le modèle anglais qui sépare les pouvoirs. Des femmes influentes comme la Marquise de Pompadour ou Madame Geoffrin leur apportent un soutien politique et financier précieux. Les Lumières et la société Les philosophes débattent entre eux au sein des salons (comme celui de madame Geoffrin) et, dans toute l’Europe, par une intense correspondance. Les académies comme la Royal Society de Londres (16660) et l’Académie royale des Sciences réorganisée en 1699, se multiplient. Les idées se diffusent grâce aux cafés littéraires, aux salons de lecture et aux bibliothèques qui se généralisent. En France, la presse écrite compte 80 titres en 1750, 250 en 1789. Ces espaces publics où l’on apprend à penser par soi-même vont favoriser la formation progressive d’une opinion publique.

3. La Révolution française de 1789 à 1799

De la monarchie à la République

La rupture entre les Français et la monarchie absolue éclate en 1789. En juin, lors des états généraux à Versailles, une partie des députés s’oppose au roi en se proclamant Assemblée nationale. Durant l’été, la diffusion de la Révolution à Paris puis à tout le pays précipite la fin de la monarchie absolue symbolisée par la prise de la Bastille le 14 juillet. La monarchie constitutionnelle est un échec. Les Français restent divisés sur le choix d’un mode de gouvernement. Le roi qui a tenté de fuir à l’étranger est emprisonné en 1792. En septembre, une nouvelle assemblée fonde la Première République. Face aux contre-révolutionnaires, les Montagnards imposent une sanglante répression à partir de 1793, la Terreur. En 1794, le retour des républicains modérés ne permet pas de réconcilier les Français. Ces divisions favorisent le coup d’État du général Bonaparte, en novembre 1799.

Une France nouvelle

Dès 1789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen affirme des valeurs comme la liberté et l’égalité. La souveraineté nationale s’exprime en 1792 par la première élection au suffrage universel masculin. Avec la création des départements et la suppression des douanes intérieures, le territoire est restructuré pour renforcer l’unité nationale. La société est révolutionnée par des réformes au profit de la bourgeoisie. Ainsi, les biens du clergé sont confisqués et revendus aux bourgeois aisés. L’expansion de la Révolution en Europe En 1789, une partie des peuples européens, soumise à des princes autoritaires, accueille avec enthousiasme la Révolution française. Après l’exécution de Louis XVI en 1793, les souverains européens, redoutant la diffusion des idées révolutionnaires, attaquent la France. La République, grâce à la levée en masse, repousse les armées des États hostiles puis, comme en Italie, impose sa domination.

4. L’échec d’une Europe conquise et révolutionnée par la France (1799-1815)

Le retour d’un régime monarchique

Pour Bonaparte, seul un pouvoir politique fort peut redresser la France. Il transforme la République en Consulat et limite la souveraineté nationale. En 1804, Bonaparte devient Napoléon 1er , empereur aux larges pouvoirs. Des réformes sociales visent à rétablir la cohésion nationale. Le Code civil de 1804 s’appuie sur les valeurs traditionnelles de la famille et de la propriété mais confirme de nombreux acquis révolutionnaires comme l’égalité civile. Les premières années, la prospérité économique, soutenue par des réformes comme la création du franc germinal en 1803, lui assure l’adhésion populaire. Une Europe nouvelle A partir de 1803, des guerres permanentes conduisent la France à dominer l’Europe. Son territoire est agrandi par des annexions. Elle contrôle de nombreux États dirigés par la famille Bonaparte et des princes alliés. Des traités de paix sont signés avec les puissances rivales comme la Russie. La France diffuse les idées de la Révolution française dans toute l ‘Europe. De nouvelles constitutions font disparaître les principes d’Ancien Régime. Ces bouleversements qui révolutionnent les sociétés européennes sont, dans un premier temps, bien accueillis. En 1807, la France est l’apogée de son rayonnement politique en Europe.

Les résistances nationales

La domination française fait peser de nombreuses contraintes, comme les impôts et les pillages, sur les territoires dominés. La France exige aussi toujours plus de soldats pour ses armées. Les résistances se généralisent. Goya en Espagne et Fichte en Allemagne dénoncent la tyrannie de Napoléon et témoignent de la naissance de sentiments nationaux. Les défaites militaires, comme à Leipzig en 1813, précipitent l’échec de Napoléon. L’empire s’écroule en 1815.