Mers et océans : au cœur de la mondialisation

I. Mers et océans : vecteurs essentiels de la mondialisation

A. Une maritimisation de l’économie mondiale

La mondialisation est un processus continu d’intensification et de fluidification des échanges, porté par l’essor des transports et des mobilités. Le processus de mondialisation a multiplié les échanges par mer et on assiste multipolarité grandissante dans l’organisation mondiale ce qui renforce l’importance géostratégique des espaces maritimes et le rôle des façades maritimes. La maritimisation est un processus d’accroissement des échanges internationaux par voie maritime qui s’accélère depuis les années 1970. Environ 80% du commerce mondial en volume est assuré par le transport maritime grâce à la liberté de circulation maritime protégée par la Convention sur le droit de la mer de Montego Bay et le faible coût du transport maritime.

Les littoraux accueillent les plus anciens foyers de peuplement, ainsi que de nombreuses mégapoles. Ils sont densément peuplés : 60 % de la population mondiale environ vit à moins de 60 kilomètres du littoral. Cette littoralisation s’accompagne d’une activité maritime intense mais inégale, principalement concentrée en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest et en Asie de l’Est et du Sud. L’Asie de l’Est et plus particulièrement la Chine a un poids grandissant dans l’économie mondiale et la maritimisation. 13 des 20 premiers ports à conteneurs mondiaux étaient chinois en 2018. Les ports sont des nœuds stratégiques.

Le canal de Suez

Le canal de Suez est une voie navigable artificielle d’environ 190 km de long traversant l’isthme de Suez, au nord-est de l’Égypte. Il relie la Méditerranée au golfe de Suez ouvert sur la mer Rouge, sans aucune écluse. Le canal de Suez est un « choke point », c’est-à-dire un passage stratégique en matière de transports. Le canal est un passage clef pour le transport par conteneurs : 22% des conteneurs transportés par voie maritime dans le monde passent par le canal de Suez.

Pour permettre l’accroissement et la fluidification du trafic dans ce passage, des travaux d’élargissement et le creusement d’une nouvelle voie ont été réalisés. Ces travaux sont fondamentaux dans la mesure où le canal de Suez est le passage le plus court entre l’Asie et l’Europe.

B. Les ZEE et les ressources maritimes

Les ZEE sont des Zones Economiques Exclusives, c’est-à-dire espace maritime ou océanique situé entre les eaux sous souveraineté et la haute mer, sur laquelle un État riverain dispose de l’exclusivité d’exploitation des ressources. Le contrôle d’une ZEE donne des droits, comme celui d’en exploiter les ressources, mais également des devoirs, parmi lesquels la préservation de l’environnement et les opérations de recherche et de secours en mer. La France, grâce à ses DROM COM est la 2ème puissance maritime mondiale avec une ZEE de plus de 10 millions de km2.

De nombreux Etats demandent l’extension de leur ZEE pour accroître leur influence et pouvoir exploiter les ressources maritimes de ces zones. Dans le même temps, on note un nombre important de conflit entre Etats limitrophes concernant la délimitation de leur ZEE. Ces ressources peuvent être halieutiques mais aussi pétrolifères, gazifères, minérales, etc…

C. Les réseaux de câbles sous-marins : des infrastructures essentielles de la mondialisation

Les réseaux de câbles sous-marins sont indispensables dans le cadre des réseaux de communications terrestres. Des dizaines de milliers de km de câbles qui font transiter 99,9% des données mondiales sont déposés au fond des océans. Le trafic internet mondial devant être multiplié par sept d’ici 2021, avec une croissance de plus de 40% par an, la pose de câbles sous-marins se poursuit de manière intensive. En 2019, cette immense toile comptait quelque 380 câbles en service, soit environ 1,2 million de kilomètres de « tuyaux ». Le plus long câble du monde mesure 39 000 km et relie l’Allemagne à la Corée du Sud, en passant par l’Australie ou encore le Pakistan. Ces câbles sont des infrastructures essentielles de nos sociétés, appelées « infrastructures critiques ».

II. Etude de cas

Le détroit de Malacca : un point de passage majeur et stratégique

A. Un choke point fondamental dans la mondialisation

Le canal de Panama, le canal de Suez, le détroit de Malacca et le détroit d’Ormuz représentent les quatre plus importants « choke points » du monde. Les flux commerciaux sont soumis aux aléas de la situation politique et géopolitique de ces régions.

Le détroit de Malacca est emprunté par les deux routes principales de navigation qui relient l’Europe et le Moyen Orient à l’Asie Orientale. Son trafic ne cesse de s’intensifier en lien avec la forte croissance du trafic maritime en Asie Orientale (La Chine est le 2ème partenaire commercial de l’Europe). Les détroits présentent des enjeux non seulement pour les États riverains, mais aussi et surtout pour les États utilisateurs. La Convention de Montego Bay de 1982 définit et légifère le régime de passage en transit.

Dans cette zone, les ports de Singapour et de Malaisie sont en concurrence pour capter ces flux transocéaniques. Le port de Tanjung Pelapas a été conçu exclusivement pour devenir un rival direct du port de Singapour.

Le détroit de Malacca est un corridor énergétique : un peu plus de 2/3 des flux de pétrole et de gaz y transitent et cette domination se poursuit dans la mesure où la croissance économique chinoise nécessite une augmentation de ses demandes d’hydrocarbures.

B. Les litiges

Le détroit de Malacca est source de tensions entre Etats riverains et Etats utilisateurs pour le partage des coûts d’entretien, de maintenance et de construction. Depuis 2007, un accord a été trouvé : les pays riverains demeurent les seuls responsables de la sécurisation du détroit et bénéficient d’investissements extérieurs.

La sécurisation de la région, soumise à des actes de piraterie (agressions, prise d’otages, vols, etc…), est fondamentale. Les patrouilles conjointes ainsi que le nombre de garde-côtes ont été multipliés pour faire face à cette menace. Une coopération entre Etats concurrents de la région est donc réalisée pour sécuriser les approvisionnements. Ex : 80% du pétrole japonais est importé et 60 % des navires en transit dans le détroit de Malacca sont chinois.

Face à la congestion prévisible du détroit de Malacca dû au trafic grandissant, la Chine finance la construction du canal de Kra en Thaïlande pour sécuriser ses approvisionnements. 

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