Anorexie

Prévention santé

Dictature de la minceur

Une loi contre le «diktat médiatique de la maigreur»

Les magazines et les professionnels de la mode imposent un diktat de la minceur qui provoque une véritable distorsion entre un monde virtuel parfait, celui de la jeunesse éternelle et de la taille mannequin pour tout le monde, et le monde réel. Les autorités souhaitent donc responsabiliser ces professionnels, accusés de renforcer, voire de susciter des troubles du comportement alimentaire, dont le plus dramatique est l’anorexie.

L’anorexie, une pathologie psychologique grave

L’anorexie est une pathologie grave, invalidante et complexe qui touche entre 30 000 et 40 000 personnes par an en France. Elle relève du domaine de la dépendance comportementale et se traduit par un besoin absolu de contrôler son corps, son image. À terme, elle peut conduire à la mort, l’organisme étant poussé jusqu’à ses limites vitales.

Il faut distinguer deux types d’anorexie :

  • L’anorexie restrictive : La personne s’interdit la plupart des aliments qu’elle considère comme étant trop caloriques. Elle s’impose un régime particulièrement strict, elle saute les repas ou elle jeûne.
  • L’anorexie – boulimie (dans 50 à 60% des cas) : les restrictions débouchent sur une fringale irrésistible qui pousse la personne à ingurgiter des quantités incroyables de nourriture. Ensuite, elle se fera vomir et utilisera des laxatifs ou des diurétiques

Les blogs pro-ana

Cette maladie s’est muée en une « tendance » globale inquiétante : l’émergence d’une communauté « pro-ana » pour « pro-anorexique » qui fait l’apologie de la maigreur extrême sur internet. Des jeunes filles déjà fragilisées peuvent y trouver une liste de commandements du type « tu ne mangeras point de nourriture calorique sans te punir après coup ».

Le ministère de la Santé a ordonné la fermeture des sites « pro-ana »: « le fait de provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive […] sera puni d’une peine de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende ». Cette peine peut atteindre 3 ans d’emprisonnement si cette incitation a provoqué la mort de la personne concernée.

La lutte contre l’incitation médiatique à la maigreur

L’Espagne est le pays à avoir pris les décisions les plus fermes. Désormais, les mannequins ayant un indice de masse corporelle inférieur à 18 n’ont plus le droit de défiler. Autre mesure forte, les devantures de magasins ne doivent plus présenter de vêtements de taille inférieure à 38. De même, le 46 ne sera désormais plus relégué dans le rayon « grandes tailles », mais intégré aux rayons standards.

Une proposition de loi tendant à interdire les sites internet faisant l’apologie de l’anorexie a été approuvée par l’Assemblée Nationale. Cette loi est incluse dans le plan «Santé des jeunes». Elle fait suite à la signature d’une « Charte d’engagement volontaire sur l’image du corps et contre l’anorexie» par les professionnels de la mode et de la publicité

Un autre projet de loi est en cours concernant les photos de femmes amincies grâce aux logiciels de retouche: on considère que ces images standardisées renient la diversité corporelle et génèrent des troubles tels que TCA (Troubles du Comportement Alimentaire), dénutrition, et dévalorisation de soi. Elle souhaiterait que ces photos fassent l’objet d’un message d’avertissement, car « Ces images exercent une pression sociale sur les femmes. Cela peut déboucher sur des complexes, voire des comportements dangereux pour la santé comme l’anorexie ».

L’efficacité limitée des nouvelles mesures

Pas exactement, comme l’illustre quotidiennement la presse people : lorsque Britney Spears est photographiée avec un café-crème et six kilos de plus, Star Magazine parle de « relâchement », et de « laisser-aller ». De même, on découvre sur une récente affiche une jeune mannequin posant pour Ralph Lauren, émaciée, excessivement mince, les hanches plus étroites que la tête. Les retouches excessives demandées par la marque ont créé un véritable scandale sur Internet. La marque a dû reconnaître qu’elle était « responsable de retouches numériques qui ont produit une image pour le moins déformée d’un corps de femme».

Malgré les efforts des autorités pour lutter contre l’anorexie, force est de constater que le show-business ne s’est pas encore adapté, comme le résume la désormais célèbre phrase de Lagerfeld, « personne ne veut voir des femmes rondes sur les podiums ».

Rappelons que même si l’influence des médias dans l’anorexie n’est pas négligeable, cette pathologie a en général des causes psychologiques plus profondes nécessitant une prise en charge thérapeutique.

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