Négocier son salaire

Quelque soit le contexte, la règle est la même pour les jeunes diplômés : on n’affiche pas d’emblée des prétentions…

Crise oblige, les marges de manoeuvre pour négocier son premier salaire se sont dégradées. Mais quelque soit le contexte, la règle reste toujours la même pour les jeunes diplômés : on n’affiche pas d’emblée des prétentions salariales.

Attention aux chiffres !

Prudence sur les chiffres des salaires d’embauche moyens affichés par les enquêtes en général : d’abord parce qu’il s’agit des rémunérations brutes, auxquelles il faut soustraire 20 % de charges salariales pour avoir une idée du net.

Ensuite, concernant plus particulièrement les enquêtes mises en avant par certaines écoles, les échantillonnages sont souvent biaisés : les sondés qui répondent sont davantage des jeunes diplômés bien insérés, fiers de dire qu’ils touchent de gros salaires, que des sortants déçus par leur premier emploi ou en galère, qui répugnent à répondre. Du coup, les moyennes sont artificiellement tirées vers le haut, dans l’intérêt des établissements. Méfiance donc !

Et pour les jeunes diplômés plus spécifiquement ?

On observe que la marge de négociation est d’autant plus importante que l’expérience est élevée, donc plus faible pour un jeune diplômé, et ça depuis toujours ! Mais il y a une dégradation de cette marge de négociation.

Ainsi, on observe une proportion un peu plus forte par rapport à 2018 de personnes qui ont négocié leurs salaires en dessous de la fourchette dans laquelle ils rentrent. Ils représentent environ un tiers des troupes, alors qu’un autre tiers arrive à négocier dans sa fourchette de salaires et un dernier tiers au-dessus.

On négocie plus ou moins bien selon son profil ?

Il n’y a pas de profil dont on pourrait dire il va mieux négocier qu’un autre, qu’il soit issu d’une école ou de l’université. Il y a surtout des pré-requis et des bonnes questions à poser.

Lesquels ?

On ne négocie surtout pas un salaire au premier entretien – et ce n’est pas conseillé non plus dans une lettre de motivation et en entretien téléphonique – tout comme aborder des questions sur les RTT ou le temps partiel qui peuvent fâcher. Il faut d’abord savoir se vendre, sachant qu’une procédure d’embauche se fait souvent sur deux voire trois entretiens. On doit d’abord démontrer son intérêt pour le poste, que l’on a les compétences et les capacités pour, une connaissance de l’entreprise, l’environnement, le métier, avant d’aborder cette question.

Bref, il faut avant tout se renseigner et aussi sur les salaires. Informations auxquelles on accède aujourd’hui facilement via Internet. Sur le portail Jeunes diplômés de l’APEC à la rubrique marché de l’emploi1, des fourchettes de salaires permettent de se positionner par rapport à son métier, son profil, son expérience… Il ne faut pas hésiter non plus à solliciter les réseaux ou les anciens pour se comparer.

Mais alors, quand peut-on négocier son salaire ?

Tout cela relève du bon sens, surtout dans une période où le recruteur a davantage de choix qu’auparavant parce que beaucoup de jeunes sont sur le marché. Pouvoir se démarquer, c’est aussi parler à bon escient. Il faut laisser venir… En fonction des réactions de l’interlocuteur aussi, s’il se montre satisfait ou pas… Ce qui est aussi vrai pour un moins jeune. Par ailleurs, il faut savoir qu’une grande entreprise a souvent des grilles de salaires.

Parce que c’est déjà très encadré avec des minimums et maximums déjà fixés, on a une marge de manoeuvre étroite. Côté petites entreprises, il n’y a pas de règle : une PME offrira peut-être moins qu’une grande.

Mais chez une entreprise qui croît à deux chiffres, il y a peut être un coup à jouer. On a intérêt à s’être bien situé avant, donc à avoir fait des recherches parce qu’on ne peut pas prétendre à un même salaire selon si l’on sort de Polytechnique ou d’une petite école.

Vous disiez que le profil importait peu sur la façon de négocier. En revanche, est-ce qu’il influe sur les salaires auxquels on peut prétendre ?

La principale différence se fait toujours sur la formation : les étudiants issus des écoles ont de meilleurs salaires, même si l’écart se resserre chaque année avec les étudiants d’universités.

La rémunération brute à l’embauche est en moyenne de 29 000 euros par an pour un jeune diplômé mais la fourchette varie entre 22 et 35 000 et la fourchette haute concerne les étudiants issus de grandes écoles ou ceux d’écoles moyennes. Ou alors, il faut avoir une forte expérience à valoriser ou être polyglotte. Dans la moyenne basse, ce sont plus souvent les étudiants issus des universités. Mais il ne faut pas généraliser. Cela dépend aussi de la capacité à se vendre.

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