SANTE

Le tabac

Z'auriez du feu ?

Publié par Editions Epicure le 08 avril 2010

La chasse aux fumeurs est ouverte. Ce n'est pas nouveau mais ça prend maintenant des allures de battue au sanglier. S'abritant derrière le bon droit qui donne à n'importe quel flic amateur la justification morale de passer ses nerfs sur le paisible pétuneur, les non-fumeurs pourchassent sans répit le moindre signe de tabagie.


À ce jeu-là, les repentis font office de héros modernes et passent leur temps à faire étalage de la force morale qui les a conduits à céder aux injonctions de l'hygiénisme à la mode en cessant d'apporter leur écot au comblement du trou de la Sécurité sociale par le biais d'achat de paquets de clopes prohibitivement surtaxés qui font passer l'héroïne pour un produit discount.


Exploits abstinents


De même s'accrochent-ils à leur vie sans intérêt, sans tabac et sans alcool, au lieu de chercher civiquement à l'écourter, ce qui permet d'économiser sur leurs retraites et sur la durée de la longue agonie médicalement assistée qui est le lot des gens en bonne santé qui ne se privent pas de prendre leur temps pour trépasser, laissant leurs héritiers dans l'expectative sur la destination des prochaines vacances qu'ils pourront s'offrir grâce à l'héritage. Alors que le cancer du poumon, c'est expéditif et on ne passe pas son temps à traîner sa sciatique de maison de retraites en chaise roulante.


À la place du déstressant naturel qu'est le tabac, ils préfèrent se bourrer d'anxiolytiques qui, eux, sont remboursés. Et ils se pâment d'aise en racontant leurs exploits abstinents, soulignant à l'envi qu'ils perçoivent désormais toutes les odeurs mais oublient de dire qu'ainsi, ils peuvent faire la différence entre celle d'un sans plomb 95 et celle d'un sans plomb 98 alors qu'auparavant, ils ignoraient benoîtement que l'air des villes est plus pollué qu'une fumerie d'opium de Macao à l'époque glorieuse où l'on pouvait avoir des vices sans être obligé de se demander s'ils étaient à la mode.

Cerveau ou poumon ?


Le fumistement correct fait tâche d'huile (de colza) et les possesseurs de briquets prétendent honteusement que c'est uniquement pour pouvoir déclencher des incendies dans les garrigues corses à la belle saison plutôt que d'encourir les foudres de la vox populi. Mais que l'on se rassure...  afin de pouvoir toujours mettre une ambiance pourrie dans les concerts ringards, un fabricant desdits briquets a eu une idée lumineuse. Il a lancé une application pour gadget technoïde et téléphonique qui permet d'afficher l'image d'un briquet dont la flamme s'oriente en fonction des mouvements de la personne au goût moyennement sûr qui l'a téléchargée.


L'histoire ne dit pas encore quelles seront les suites sur la santé publique de la surcharge d'ondes provoquée par tous les objets que l'on tente de nous faire considérer comme indispensables à notre intégration sociale.

Dans 20 ans, je pourrai pérorer en racontant comment j'ai renoncé au portable pour garder mon bon vieux cancer du poumon plutôt que choisir celui du cerveau. Pas sûr que cela m'attire la gloire :  il est visiblement plus facile aujourd'hui de se passer de cerveau que de poumons.

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